Par Jean Carpentier, consultant

État de situation régionale sur la sécurité alimentaire au Centre-du-Québec

 

Le CRDS a réalisé un état de situation régional en sécurité alimentaire afin de soutenir sa réflexion sur la mise en place d’une démarche de concertation et de priorisation d’actions en sécurité alimentaire. Au cours des travaux, l’accueil et l’intérêt manifesté par les nombreuses organisations questionnées nous permettent d’avancer qu’un appel à la mobilisation régionale sur la sécurité alimentaire devrait recevoir une réponse positive.

La région possède des atouts pouvant tout autant motiver que soutenir la mise en place d’une concertation régionale en sécurité alimentaire et la réalisation d’actions structurantes. En effet, le dynamisme de l’entrepreneuriat, l’importance et la vigueur du secteur agricole, et l’esprit de concertation démontré en région sont autant de facteurs favorables à la réussite d’une telle démarche.

On peut maintenant préciser davantage le nombre de personnes qui sont aux prises avec l’insécurité alimentaire en région. L’indice du taux d’insécurité alimentaire, selon l’Enquête sur la santé des collectivités canadiennes (ESCC 2011-2012), répond à cette question pour la région sociosanitaire Mauricie Centre-du-Québec, soit 10,7 %. Il s’agit d’une augmentation significative de la prévalence de 2005 à 2011-2012. Bien qu’un taux d’insécurité alimentaire spécifique à la région administrative du Centre-du-Québec n’existe pas, on peut penser qu’il serait inférieur à 10,7 % considérant que cette dernière présente une défavorisation matérielle moins importante, selon l’étude de Pampalon et Raymond. Par ailleurs, on estime que près de 5 000 ménages centricois sont touchés par l’insécurité alimentaire grave ou modérée. Selon plusieurs indicateurs, ce nombre serait en croissance.

Déterminants individuels et collectifs de la sécurité alimentaire


Au cours des travaux, nous avons tracé un portrait assez complet de l’offre de services en aide alimentaire et en autonomie alimentaire. On constate que les responsables des ressources impliquées sont soucieux de la qualité, de la complémentarité et de la disponibilité des services. Ils s’investissent aussi dans des actions favorisant l’autonomie et l’intégration de leurs utilisateurs. Ces responsables expriment tous le manque de ressources humaines et financières et, en ce sens, leurs difficultés à investir en développement des services offerts.

Au volet des services en autonomie alimentaire, un nombre relativement peu important de ménages utilise ces services comparativement au nombre de ménages sollicitant les services d’aide alimentaire. Cependant, ces services sont souvent offerts par des organismes en supplément de leur mission déjà bien remplie. Les réponses aux questionnaires font ressortir l’accessibilité réduite aux marchés publics et solidaires pour les familles démunies, l’offre peu étendue en éducation sur l’alimentation et les savoirs culinaires, la capacité réduite à développer de nouvelles cuisines collectives, l’implication à géométrie variable des municipalités et des communications externes déficientes.

Au volet des services en aide alimentaire, plus de 62 ressources communautaires et bénévoles répondent aux demandes des ménages centricois aux prises avec l’insécurité alimentaire. Il s’agit d’une offre importante de services, couvrant tout le territoire de la région. Ces ressources partagent toutes la même valeur - ne jamais laisser personne dans le besoin, sans aide.
Les défis sont nombreux et de taille pour ces ressources : accroître de façon significative l’approvisionnement en aliments frais et sains, réduire les coûts de transport et d’entreposage, obtenir un soutien accru des municipalités, résoudre les problématiques de financement, accompagner davantage et plus efficacement les utilisateurs de services vers l’autonomie et l’intégration.

Depuis 2009, la région a identifié à plusieurs reprises la sécurité alimentaire comme une priorité régionale. Malgré un consensus étendu sur cette priorité, les défis de se concerter dans une approche intersectorielle et de réaliser des actions à court terme demeurent importants. Comme pour toute problématique d’envergure, un leadership doit être assumé. Il est donc recommandé dans ce document de mettre sur pied une concertation régionale en sécurité alimentaire sous la gouverne du CRDS.
 
Plusieurs pistes d’action sont proposées pour la réalisation du plan d’action. Ces actions sont regroupées sous six enjeux :
  • Savoirs alimentaires et culinaires;
  • Disponibilité de la nourriture pour les ménages en situation d’insécurité alimentaire;
  • Accès à des aliments frais, peu coûteux et sains;
  • Sensibilisation de la population à la sécurité alimentaire;
  • Actions politiques;
  • Soutien aux ressources en aide alimentaire.

L’état de situation sera disponible dans les prochains jours sur le site du CRDS. Un communiqué de presse sera largement diffusé afin d’annoncer la mise en ligne du document.